lundi , 27 février 2017

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5 conseils pour devenir journaliste scientifique

30 juin 2016

Vous voulez devenir journaliste scientifique ? Pierre Barthélémy, journaliste scientifique au Monde, ancien responsable du directeur du service science et environnement du Monde et ancien rédacteur en chef de Sciences & Vie, donne 5 conseils pour faire ce métier. Formation, comportement à avoir, profil, il dit tout.
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1. Être curieux

« Le 1er conseil, c’est évidemment d’être curieux. La science est un univers immense, gigantesque. Vous pouvez faire de la géophysique un jour, de la génétique le lendemain, puis de l’astronomie. On peut très bien passer toute sa carrière sans écrire deux fois le même papier. D’ailleurs, c’est pour ça que j’ai choisi cette voie-là, parce que, justement, ça change tous les jours. Si vous n’êtes pas curieux, faites autre chose, ce n’est vraiment pas fait pour vous. »

2. Avoir de la souplesse d’esprit

« Le 2e conseil, c’est la souplesse d’esprit. C’est-à-dire être capable de passer de la génétique un jour à l’astronomie le lendemain. Être capable d’apprendre et de changer sa vision du monde en permanence. Parce que, justement, si on fait des sciences dures un jour, de la médecine le lendemain, ou des sciences un peu plus molles le surlendemain, on n’aura pas du tout la même façon d’écrire les papiers que si on fait de la génétique ou de l’astrophysique. A chaque fois, c’est une approche du monde différente. Il faut être capable de s’adapter en permanence. Je ne sais pas si ça se travaille, on l’a ou on l’a pas au départ. En revanche, la curiosité, oui, ça se travaille, il faut passer du temps à lire des revues scientifiques sur les sites anglo-saxons, qui font beaucoup plus de sciences que les sites français, regarder tout ce qui se fait chez les autres, chez les voisins, chez les concurrents, voir la manière dont les autres traitent les sujets. On peut s’en inspirer, on peut trouver des formats différents pour traiter le sujet. Si quelqu’un a fait un reportage, on peut très bien faire un portrait, des comptes-rendus, des infographies, des photos, etc. Ce qui compte quand je parle de souplesse d’esprit, c’est d’être capable d’adapter son traitement à chaque sujet en fonction de l’actualité du moment.  »

3. Maîtriser l’anglais

« 3e conseil, c’est l’anglais. L’anglais est la langue internationale de la science. Quasiment toutes les études sur lesquelles on travaille sont en anglais, alors je ne dis pas qu’il faut être parfaitement bilingue, je ne le suis pas personnellement. Quand je dois parler anglais dans la vie de tous les jours, c’est une catastrophe. Mais ce n’est pas cet anglais là qui sert en réalité. L’anglais qui sert est un anglais relativement technique, il faut être relativement à l’aise avec ça. Ça, par contre, ça s’apprend. Avec le temps, ou alors on peut suivre une formation adaptée. Il faut être assez à l’aise avec l’anglais sinon, ça va être un long calvaire de faire du journalisme scientifique. On a besoin de cet anglais pour lire les études, pour lire la documentation qui va avec. Mais aussi pour interviewer les chercheurs, puisque effectivement la plupart des chercheurs ne sont pas Français, ils sont étrangers. Il y a beaucoup d’anglo-saxons. Il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas anglophones de première langue, mais on va les interviewer en anglais puisque c’est vraiment la langue universelle, tout le monde se débrouille plus ou moins en anglais. Alors, effectivement, quand on interviewe un Chinois ou un Japonais, c’est plus compliqué avec les problèmes d’accents, qui sont vraiment très forts. En général, ça finit toujours par passer. L’anglais est donc vraiment impératif si on veut être journaliste scientifique.»

4. Rester humble

« Il faut rester humble. Le journalisme scientifique est une partie du journalisme qui, malheureusement, n’est pas toujours très bien vue en France. Ce n’est pas considéré comme une discipline noble. A tort évidemment, car je pense que l’on ne peut pas vraiment comprendre le monde dans lequel on vit si on n’intègre pas la culture scientifique, et la culture tout court. La culture scientifique doit faire partie de la culture de l’honnête homme. C’est très difficile de se décider sur le réchauffement climatique, sur les OGM, etc, si on n’a pas un bagage scientifique un tout petit peu costaud pour savoir les décisions qu’on doit prendre dans la vie. Savoir ce qu’on doit penser des OGM, par exemple, car quelquefois on a des opinions toutes faites, qui nous sont imposées par certains médias, qui ne sont pas forcément très experts dans ces disciplines-là. Si on veut savoir ce qu’on doit penser des OGM, du réchauffement climatique, de la place des technologies dans nos vies, d’internet, des appareils mobiles etc, il faut comprendre comment toutes ces choses fonctionnent. Ce n’est pas juste pour un plaisir intellectuel, c’est vraiment pour savoir comment on doit décider en tant que citoyen. C’est vraiment important de faire passer ce savoir auprès du plus grand nombre. C’est important de faire de la vulgarisation. Ce n’est pas un mot vulgaire, cela veut dire transmettre le savoir au plus grand nombre. En France, on n’a pas forcément cette culture de la science dans l’esprit des décideurs médiatiques. Il faut donc se battre pour faire passer ses papiers, plus que dans certaines autres discipline journalistiques, c’est plus facile de faire passer un papier sur un attentat, une guerre, ou encore un fait divers. »

5. Se former et avoir le plaisir d’écrire

« Aujourd’hui, le journalisme s’apprend essentiellement dans les écoles de journalisme. Il y a eu une époque où on pouvait apprendre sur le tas. C’est nettement plus compliqué aujourd’hui. On a une formation de journalisme scientifique, à l’ESJ Lille, une des plus grandes écoles de journalisme de France, qui fait des formations pour des personnes qui ont déjà un bagage scientifique. Pour ceux, qui, comme moi, n’ont pas de bagage scientifique, ce qui compte n’est pas d’avoir des connaissances particulières en science, mais c’est la curiosité. Il y a une autre chose importante, c’est avoir le plaisir d’écrire, savoir raconter une histoire. En science, plus que dans d’autres disciplines, il faut savoir raconter une histoire. Parce que justement, c’est compliqué. On part d’hypothèses, on fait des expériences, on a des résultats, il faut les interpréter, il faut faire des maths pour comprendre tout ce qu’il se passe, etc. En revanche, cela se raconte très bien. C’est comme un conte de fée parfois, il y a un début, un milieu et une fin. Une expérience scientifique, c’est construit comme une vraie histoire. C’est pas très compliqué, mais il faut avoir le plaisir de le faire, avoir le goût pour les mots. Il faut surtout savoir trouver les images qui vont parler puisque comme la science est très complexe, pour bien la vulgariser, il faut savoir trouver des image, sans tomber dans le simplisme. Trouver les images qui vont faire tilt dans la tête des gens, qui vont faire que le soir quand ils auront lu l’article, quand ils auront vu la vidéo, ils vont se rappeler, et vont pouvoir raconter l’histoire, retransmettre à leur tour. Et c’est là qu’on se dit qu’on a gagné quand, nous qui sommes des passeurs, transmettons une information à d’autres personnes qui vont à leur tour se transformer en passeurs.  »

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Interview : Valentin Chatelier
Réalisation / montage: Fabien Chatelier

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