lundi , 27 février 2017

DERNIERS ARTICLES

Concours du MAE : comment intégrer le Quai d’Orsay ?

28 juin 2016

Devenir diplomate, travailler dans la diplomatie : un objectif pour de nombreux étudiants. Pour entrer au ministère des Affaires étrangères, deux possibilités : la voie ENA, ou le concours du Quai d’Orsay.

4 diplomates (2 passés par l’ENA, 2 par le concours) racontent leur parcours. Quels profils ? Comment réviser les concours ? Comment se déroulent les écrits et les oraux ? Que faut-il faire ? Que faut-il éviter ? Comment faire pour entrer au Quai d’Orsay via l’ENA ? Il répondent à toutes vos interrogations.

. .

.
Tu veux comprendre les passages les plus importants de cette vidéo ?
On fait le point.
;
.
3

blancblanc

Un profil type ?

« Il faut être polyvalent, il faut être ouvert d’esprit. Ce que recherche un recruteur au ministère des Affaires étrangères, c’est quelqu’un de très polyvalent, de très curieux, de très intéressé par le monde ». Antoine souligne également l’importance d’acquérir un domaine de spécialité, pour entrer et faire carrière au MAE. Cette spécialité peut par exemple être la pratique d’une langue rare, ou la connaissance pointue d’une zone géographique ou d’un pays. Brice renchérit sur la nécessité d’être polyvalent, notamment pour ceux qui passent par la voie de l’ENA, pour qui « le concours Orient, par exemple, permet de recruter des gens qui ont des compétences très poussées, très précises ». Il prévient : « le point rédhibitoire, c’est d’être fermé : fermé à la découverte de nouvelles cultures, de nouveaux sujets ».

Parcours académique idéal ?

« Les statistiques montrent quand même que faire Sciences Po Paris est le parcours le plus fréquent pour réussir ce concours », reconnaît Pablo.

L’importance des activités extra-universitaires ?

Pablo l’affirme, des questions lui ont été posées pendant l’entretien concernant ses activités en dehors du cadre purement scolaire. Il a « essayé de relier les qualités que ces activités m’ont permis de développer avec celles que l’on attend d’une diplomate ».

Le niveau de langues étrangères ?

« Il y a une curiosité nécessaire pour rentrer au MAE qui peut passer par les langues, mais pas seulement », explique Antoine. Il renchérit : « je pense qu’aujourd’hui quelqu’un qui connaît parfaitement le mécanisme décisionnel à Bruxelles est tout autant avantagé qu’une personne qui parle parfaitement le swahili ». Pabo prévient : « les langues sont une matière assez discriminante au concours puisque c’est une des deux seules matières où une note en dessous de 10 est éliminatoire ».

L’ouverture sur le monde ?

Brice détaille : « l’ouverture sur le monde, il faut la préparer bien à l’avance », et ce du fait que ce soit par l’ENA ou par le concours du MAE, il faut avoir une ou plusieurs expériences à l’étranger. Il précise également que l’ouverture sur le monde « s’exprime de plusieurs manières, que ce soit par les voyages, mais aussi les engagements associatifs, la capacité à s’intéresser à des sujets internationaux, à suivre l’actualité en la matière, de lire beaucoup, de regarder des films venant de cultures diverses. C’est ça l’ouverture sur le monde, et pas forcément avoir vécu 10 ans à l’étranger ».

Les points rédhibitoires d’un profil ?

Plus que d’expériences qui pourraient être préjudiciables, Pablo parle plus d’une « attitude face à jury, qui serait celle de manquer d’humilité, ou celle de vouloir rentrer dans un moule et d’être trop lisse ». Il prend l’exemple d’un candidat qui n’assumerait pas des positions divergentes sur la politique étrangère avec celles exprimées par le gouvernement en place. L’objectif alors est de « les présenter (ces divergences) et de les exprimer ».

Un engagement politique ?

Tout dépend de la façon dont le candidat vit son engagement politique, selon Brice : « si cela te permet de rencontrer des personnes, si cela te permet de t’ouvrir, c’est une bonne chose. Si en revanche, tu as une vision du monde extrêmement fermée parce que tu as un engagement politique, là, cela peut poser des problèmes ». Il rappelle qu’il y a deux exigences qui s’imposent aux fonctionnaires (« qui ne sont pas des hommes politiques ») : « discrétion et loyauté ». Pablo renchérit : « je pense qu’il faut l’assumer même si cela peut susciter des questions par rapport à l’obligation de neutralité d’un fonctionnaire ». Il ajoute que l’enjeu est de « montrer au jury que l’on est conscient de cela ».

Le niveau de connaissance géopolitique ?

« Il est assez exigeant, sachant qu’il y a à l’écrit du concours une dissertation de questions internationales ; et au sein de l’oral, il y a une forte présence de questions sur l’actualité, sur les connaissances historiques, et sur le droit international », prévient Pablo.
.
.
3

blancblanc

« Le calendrier des révisions ?

Térence précise que « la particularité de ce concours est qu’il s’étale sur une très longue période : il commence mi-septembre et les résultats tombent fin mars ». Pour lui, il ne faut pas hésiter à se prendre une année entière de préparation, c’est-à-dire s’y mettre en septembre d’avant l’année des épreuves. Il ajoute que « s’il avait un conseil à donner, ce serait de se concentrer essentiellement sur les écrits, et dès les résultats d’admissibilité tombés, se concentrer sur les oraux ».

Se construire un profil de diplomate ?

« Ce qui est intéressant, c’est de ne pas se construire une image de ce que serait un diplomate, et d’essayer d’y coller » prévient Térence. L’important selon lui est d’expliquer au sein de notre parcours ce qui nous a poussé à devenir diplomate, et mettre en avant les qualités que l’on a développées qui feront de nous un bon diplomate.

Le langage diplomatique ?

Térence estime que dans « chaque administration, il y a une sorte de « novlangue » que l’on apprendra au fur et à mesure. Il ne faut pas chercher à y coller avant l’oral. Par contre, ce qui est important est de savoir de quoi on parle et de l’exprimer avec des mots justes et précis ». Ce qui est important n’est donc pas de coller à un langage diplomatique, mais de savoir s’exprimer correctement et de savoir présenter un sujet de façon précise.

Se spécialiser dans une région du monde ?

C’est important selon Térence, qui estime « qu’avoir une spécialité géographique nous permet ensuite de coller à ce que l’on attend de nous au Quai d’Orsay, c’est-à-dire avoir un poste soit sur une fonction ou un sujet, ou soit sur une région du monde ». Cette spécialité peut finalement être thématique, ou géographique. 
.
.
3

blancblancLes différences par rapport à une copie universitaire ?

Selon Térence, « la différence va se faire sur la méthodologie, sur la façon dont on va utiliser ses connaissances et les propositions concrètes que l’on peut faire en matière de politique étrangère ou de relations internationales ». Et pour cela, l’important est de se placer lors de la rédaction dans la peau d’un diplomate et se demander les solutions qui pourraient être proposées sur tel ou tel sujet. Pablo renchérit : « ce qui fera la différence dans une copie pour le concours du MAE, c’est la dimension pratique et concrète, et pas la dimension théorique et l’accumulation de connaissances ».

Le niveau de français ?

Cela reste très important selon Pablo : « une copie truffée de fautes d’orthographe peut irriter très fortement un correcteur, et tout ce qui irrite un correcteur est à proscrire ».

.
.
3

blancblanc

Comment se démarquer ?

Pour Térence, l’enjeu principal est de se demander sur chaque point de son CV et de son parcours, en quoi cela me permettra d’être un bon diplomate. Il est aussi « important de se renseigner sur la biographie de son jury, car chacun va avoir ses centres d’intérêts privilégiés ou des éléments de sa carrière qui peuvent influer sur ses questions ».

L’originalité ?

« Je pense que cela peut être assez rédhibitoire de vouloir rentrer dans un moule, parce que, passé un stade, tous les candidats ont un bon niveau académique » selon Térence. Le but du jury, d’après lui, est alors de savoir si ces futurs supérieurs auront envie de travailler avec le candidat, envie de « passer 4 heures de négociation avec lui ». L’enjeu est alors de montrer au jury quels éléments de notre personnalité, de notre parcours peuvent être originaux et représenter un apport pour le Quai d’Orsay. 

Des détails rédhibitoires ?

Selon Térence, ce qui est rédhibitoire « est l’absence d’humilité et l’incapacité à se remettre en question ». Il est également extrêmement important à son sens d’avoir une capacité à garder un contrôle de soi et son calme.

Des questions pièges ?

« Il faut se rappeler que le jury joue un rôle, et qu’il est là aussi pour nous piéger » rappelle Térence. L’important est alors de « toujours garder son calme, de reprendre des réponses claires, argumentées ». Face aux questions volontairement déstabilisantes, c’est finalement la seule solution (et la seule attitude attendue) à apporter. Térence se souvient d’un second type de questions pièges, qui sont les questions extrêmement pointues. Dans ce cas-là : « il faut à mon avis ne pas chercher à répondre à tout prix. Si on ne sait pas, il faut avouer que l’on ne sait pas. Le jury préférera largement un candidat humble qui avoue qu’il ne sait pas à un candidat qui répondra une bêtise ».

.
.
3

blancblanc

Brice prévient : « Il est assez hasardeux et risqué de vouloir rentrer à l’ENA uniquement et absolument pour intégrer le Quai d’Orsay ». En effet, les postes au MAE ont tendance à partir très vite (il évoque le premier tiers) lors de l’attribution de l’ensemble des postes proposés qui se réalise en fonction du classement de sortie (le premier ayant l’ensemble des postes à sa disposition, et le dernier ceux qui restent). En réalité, « dès que tu as connaissance de ton classement, tu sais dans quelles administrations tu peux potentiellement entrer ». Au Quai d’Orsay, il y a en général 4 postes pour l’ENA, dans 4 directions différentes. Il y a deux rencontres prévues : une avec le sous directeur du poste concerné, et une avec le service des ressources humaines du Quai d’Orsay. Ils émettent un avis, et il faut prendre conscience que « le classement de l’ENA est souverain » et que le candidat peut vouloir intégrer le poste malgré l’avis négatif.

Les avantages de passer par la « voie ENA » ? Antoine met le doigt sur une différence d’attente entre les nouvelles « recrues » du MAE : « un ancien élève de l’ENA, on va attendre de lui qu’il connaisse bien les processus de décision au sein du gouvernement, qu’il connaisse bien les différentes administrations françaises, la mécanique européenne, là où au contraire, sur un Orient, on va lui demander de connaître une zone de prédilection, et en parler une langue. Il sera alors amené à un peu plus rester sur cette zone, à occuper des fonctions au sein de cette zone ». Il faut donc savoir lorsqu’on choisit son parcours que malgré un tronc commun, la carrière au sein du Quai d’Orsay sera différente.

.

Interview : Marion Barthélemy / Quentin Chatelier
Montage / mise en page : Fabien Chatelier / Valentin Chatelier
Crédit photo : Faxa 

.d
___________________________twitter partagefacebook partage

  • Carlota Sans

    Les ovaires seraient-ils rédhibitoires…? Une question aussi intéressante pour les étudiantes souhaitant intégrer le quai d’orsay et qui ne sont pas du tout représentées dans cette vidéo

    • MENACHE

      En revanche être une féminazi est sans doute rédhibitoire. Voir les choses à travers un paradigme néomarxiste qui ôte à l’individu toute forme de responsabilité sur ses propres échecs et qui la transfert sur son milieu, c’est l’exact opposé d’une attitude humble, d’une personne prête à se remettre en question.

scroll to top