lundi , 27 février 2017

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Créer son entreprise : deux jeunes entrepreneurs racontent

26 octobre 2015
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Créer son entreprise
est devenu une réelle volonté d’une large partie des jeunes. Une envie que certains ont concrétisé. Mathilde Lefrançois, 23 ans, a créé KWAALA, une plateforme collaborative de location de matériel de voyages entre particuliers. Sebastien Bossi Croci, 22 ans, a de son côté monté Ijsberg, média consacré à l’actualité internationale. Pourquoi créer sa boite avant même d’avoir fini ses études ? Quelles difficultés ont-ils rencontrés ? Qu’est-ce que cette expérience leur a apporté ? Ces deux entrepreneurs racontent.
.couv illu dossier entrepreneur

. miniature cécileblancblancKWAALA  est ma première entreprise, c’est un peu comme une petite graine que tu fais pousser et que tu vois grandir, tu as envie de la faire évoluer et surtout voir jusqu’où elle peut aller. Avant cette expérience, j’ai eu des expériences associatives dans mon école comme : la reprise de l’association de théâtre (qui n’avait plus beaucoup de succès auprès des étudiants, un vrai défi pour notre équipe) en tant que vice présidente. Mais aussi l’organisation de la semaine d’accueil pour les étudiants entrant en première année et la responsabilité du pôle artistique et culturel de la Fédération des Associations.

La création d’une startup est plus complète, tu dois te pencher sur la stratégie de marketing et communication comme sur ton plan de financement, les questions juridiques, le développement de ton produit, ton marché, etc. . miniature quentin

blancblancJ’ai eu un blog (comme nombre de jeunes). Mais je l’ai transformé en site éditorialisé, Candidat à rien, avec une dizaine de rédacteurs et plusieurs centaines d’articles publiés. Sans être un gros succès niveau audimat, on a toujours été très bien perçu, les gens se disaient satisfaits de notre travail.

J’ai aussi écrit, un peu sur un coup de tête au début, un témoignage. Je suis ce qu’on appelle un « haut potentiel ». Les médias véhiculent plus volontiers le nom « surdoué », qui est à bannir. On a aussi dit EIP (enfant intellectuellement précoce). En soi, cela signifie que je pense différemment, que je suis plus sensible et que je subis toute une série de décalages, intellectuels, mais aussi sociaux… De fait, j’ai eu de grosses difficultés à l’école et quand j’étais gosse. Je voulais aider les autres en expliquant plus clairement et en partageant ce qu’on ressent. J’ai publié ça sur Candidat à rien. Ça a pris pas mal d’ampleur. J’ai été contacté par des associations francophones importantes, qui m’ont, avec d’autres spécialistes, poussé à aller plus loin et à éditer le livre. Un éditeur m’a contacté et il est sorti.

A la fac, j’ai créé une asso avec deux amis : L’Agora, renommée désormais en Poli’gones. Elle a trois piliers, l’organisation de cafés-débats, de conférences et le soutien au départ d’étudiants à des MUN (Model United Nations), et depuis cette année, l’organisation de ces événements.

Pour les MUN, cela va de la recherche de subventions, à la préparation (expliquer les règles, préparer les étudiants, l’organisation logistique, hôtels de groupe, train, transports…). Comme toutes les activités sont ouvertes à tous, quelle que soit la filière, l’université soutient bien l’asso, et c’est aujourd’hui une des plus importantes de Lyon 3. Mais la grosse satisfaction, c’est qu’elle m’a survécu : avec les autres fondateurs, on a passé les rênes au bout de deux ans, et tout continue très bien. C’est cool.

J’ai aussi créé avec un ami la page Spotted Lyon 3. On est l’une des plus importantes en France, et on avait eu une bonne couverture médiatique car on restait très proche du concept « romantique ». On n’est jamais tombés dans le bashing. Enfin, j’ai rejoint le Journal International qui a été une belle aventure, mais que j’ai quitté pour créer Ijsberg.
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miniature cécileblancblancUne des raisons principales qui explique mon envie de créer mon entreprise est l’envie d’avoir une activité qui me tient à cœur, qui a du sens pour moi et dans lequel je m’épanouis J’ai envie de développer mon propre projet pour réaliser ce que j’aime et peut-être contribuer à la résolution d’un problème lié au voyage. Le fait de monter son propre projet te rend autonome et te laisse plus de liberté selon moi, tu peux faire appel à ta créativité, tu as un réel pouvoir de décision. . miniature quentin

blancblancIl y a d’abord le plaisir de faire quelque chose en lequel je crois. C’est un défi, réel, du financement au développement, mais on ne le doit qu’à nous même. On doit travailler dur, mais le but est clair. On le fait avec des gens qu’on apprécie et, comme c’est un média, on ne traite que des sujets qui nous semblent importants ou intéressants. Chaque jour est différent, même s’il y a des galères. On se couche crevé, mais on est toujours ravi quand sonne le réveil.
; illu 1 mathilde   miniature cécileblancblancJe ne me suis à vrai dire, pas posé la question de savoir si ce serait possible de gérer les deux en même temps. Je ne suis pas particulièrement fan des cours. Je mesure la nécessité de passer par là, ils m’apportent beaucoup, tant du point de vue des rencontres que de la construction intellectuelle, mais je suis obligé pour être heureux de faire plusieurs trucs à la fois. Donc ça se gère, mais ça suppose des sacrifices et d’être bien entouré. Heureusement que parfois, des amis ont pu me prêter leurs cours. Sans ça, je n’aurais pas aussi bien réussi.

D’ailleurs, parfois, j’ai dû passer des rattrapages, mais je ne regrette rien. Quand tu crées une entreprise, c’est compliqué de ne pas y penser. Tu as des impératifs, a fortiori un média. L’actu ne s’arrête jamais. Je dors peu, maximum 5 heures par nuit. Je suis assez productif, donc ça va. Et il faut savoir gérer temps fort et temps faible. Quand tu as moins de boulot pour les cours, tu avances sur la boîte, quand une période de rush se prépare, tu diminues les sorties pour récupérer quand c’est possible. Il faut être rigoureux et motivé. . miniature quentin

blancblancKWAALA a commencé en septembre 2014, j’étais alors en Master entrepreneuriat à Paris. L’intégralité ou presque de nos projets et travaux étaient liés à notre projet entrepreneurial. Ce qui m’a permis durant ces quelques mois, de travailler majoritairement sur KWAALA, sur plusieurs thématiques telles que : le business model, la rédaction du business plan, de la finance d’entreprise, du droit des sociétés.

Notre master à l’ESSCA nous permet de travailler sur notre projet tout au long du semestre. Toutes les matières que nous avons sont liées avec notre idée de départ et nous avons donc la possibilité de l’améliorer par l’élaboration d’un business model, la réalisation d’un business plan, des cours de pitch, de la finance d’entreprise, du droit des sociétés, etc. L’emploi du temps est confortable, les horaires sont plus « light » qu’en stage et ça nous permet d’avoir des intervenants pour nous aider dans notre démarche de conceptualisation de notre idée.

À partir du mois de janvier, j’étais en stage de fin d’études dans une startup, il y a donc un temps d’adaptation pour gérer son emploi du temps, réussir à prendre un bon rythme entre le stage et le développement de sa startup tout en gardant une vie sociale ! C’était donc une période pendant laquelle je travaillais en parallèle le soir et les week-ends sur KWAALA. Quant au reste du temps, j’étais en stage. C’était d’ailleurs très enrichissant comme expérience car mes collègues me soutenaient pour mon projet et me donnaient des conseils. J’appliquais également certains de mes apprentissages de ce stage pour KWAALA. Malgré cela, c’est toujours un peu frustrant de passer beaucoup de temps sur un projet qui n’est pas le sien lorsque l’on a peu de temps libre.

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miniature cécileblancblancParadoxalement, elle est plus nécessaire que jamais. On a besoin de couper, de penser à autre chose que l’entreprise. Ce peut être avec mes associés mais aussi avec mes autres amis. Ça permet de penser à autre chose, de prendre du recul. Même si on se donne beaucoup pour la startup, il est essentiel de prendre le temps de vivre. On a pas des responsabilités communes pour notre âge, mais il est essentiel qu’on profite comme les autres de notre âge. Tout est affaire d’équilibre. Nos amis sont ravis de nous retrouver ! Et c’est réciproque. . miniature quentin

blancblancForcément, la création d’une entreprise demande du temps, de la détermination et beaucoup de travail ! Mais comme pour tout métier, il faut savoir trouver un bon équilibre, pouvoir se dire qu’on va « se prendre un verre avec des amis à la fin de la journée » ou que « ce soir on rentre plus tôt pour se reposer ». Chaque personne réagit différemment, pour ma part, c’est cet équilibre qui me permet de garder ma motivation et mon énergie au quotidien, afin de travailler efficacement et de façon intelligente.
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miniature cécileblancblancL’université ne s’est pas adapté à mon parcours. Ils n’ont jamais rien fait pour moi, ne sont pas venus pour moi ni n’ont jamais fait le moindre effort. Est-ce que l’expérience perso a joué sur mon CV quand j’ai été sélectionné pour partir dans une bonne université à l’étranger ? Peut être, mais je ne pense pas. Par contre, depuis la rentrée, je suis en alternance avec le CFJ et mon entreprise. Là, oui, déjà, ils acceptent que j’effectue l’alternance dans mon média, c’est très sympa de leur part. Et ils semblent vraiment motivés pour que l’enseignement s’adapte vraiment à l’élève, pour tirer le max de son potentiel. C’est à saluer, car rare. C’est un plaisir d’étudier dans de telles conditions.
. miniature quentin

blancblancÀ l’ESSCA, certains élèves ont la possibilité d’avoir le statut d’étudiant auto-entrepreneur. Je suis partie à l’étranger à partir de la troisième année pendant un an et demi, l’idée de créer mon projet ne m’est pas venue durant mes deux premières années à l’école. Et lorsque je suis rentrée, j’étais en Master avec l’opportunité d’avancer sur mon concept : je n’ai donc pas eu recours à ce statut.

En revanche, à la fin de mes cours au mois de décembre, j’étais dans un système de « pré-incubation » avec les deux professeurs responsables de la majeure. Grâce à ce système, j’ai la chance de pouvoir parler régulièrement à mes professeurs – par téléphone ou par Skype – afin de faire un bilan de mes dernières avancés et pour fixer sur les prochains objectifs à venir. Je vais également donner des cours de TD, en tant qu’intervenante, à l’ESSCA à des étudiants de 2ème année pour des cours de sensibilisation à l’entrepreneuriat, leurs travaux porteront sur KWAALA.

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blancblancJe suis réellement impressionnée par toutes les initiatives dans l’entrepreneuriat en France ces dernières années. Beaucoup de gens contribuent à ce mouvement et cette évolution : que ce soit le gouvernement, des organisations et associations spécialisées, des entreprises mais surtout des jeunes (qui sont ultra dynamiques et plein de bonne volonté) ! Je trouve ça excellent pour l’économie française, cela change notre vision de l’entreprise en général. Simple effet de mode ? Je ne pense pas, je crois en le pouvoir de l’entrepreneuriat. Il est plus simple aujourd’hui de créer son entreprise (moins de contraintes administratives et financières). Alors oui, tout le monde ne peut pas réussir, mais dans les mentalités, les startups ont de plus en plus la côte et leur place !
. miniature cécileblancblancJe n’ai pas d’éléments de comparaison pour dire s’il est plus facile d’entreprendre en France ou à l’étranger quand on est jeune. Plus compliqué encore que l’administration, c’est l’opacité des procédures, la complexité des démarches, mais c’est général, quel que soit l’âge, d’où la nécessité d’être bien conseillé. Pour le reste, culturellement, socialement, entreprendre en étant jeune est à double tranchant. Il y a soit l’aspect « trop jeunes, trop cons, ils sont candides et ne peuvent réussir ». Soit l’aspect « trop bien, des jeunes se bougent ». La vérité est probablement entre les deux, mais c’est cela qui peut nous aider à réussir aussi.
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blancblancJe suis à 100% sur KWAALA depuis septembre, c’est un projet qui me tient à cœur depuis bientôt un an. Je crois en l’idée et le marché présent autour du thème de la préparation du voyage. Dans tous les cas, c’est une expérience très enrichissante, l’occasion de se former grâce à ces missions au quotidien.
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miniature cécileblancblancLe but évidemment est que l’entreprise soit rentable et viable. Je suis salarié en alternance depuis la rentrée. Peut on rêver meilleur compromis ? Une excellente école et pouvoir continuer à mener de front, grâce à un emploi du temps adapté le développement de mon entreprise ? C’est idéal, même si cela suppose travail, sacrifice et d’être fatigué en fin d’année. . illu 2 sebastien . miniature quentin

blancblancCette expérience d’entrepreneurs m’apporte beaucoup sur tous les plans : que ce soit professionnel ou personnel. C’est aussi l’occasion d’apprendre à mieux se connaître soi-même, mais aussi de savoir se remettre en question. L’une des choses que j’ai apprises depuis la création est l’écoute ! Il est primordial de savoir écouter les gens qui nous entourent : que ce soit des conseils de mentors, de partenaires, d’associés, de proches. Mais surtout savoir écouter ses potentiels clients – notre cible – car ce sont eux qui définissent la stratégie à voir pour notre startup au final. . miniature cécileblancblancCe que cette expérience m’apporte ? Des rencontres passionnantes, la joie de créer ce en quoi je crois, avec des gens que j’apprécie. La satisfaction des lecteurs est précieuse aussi, c’est la meilleur forme de reconnaissance dont on puisse rêver. Je suis fier de ce qu’on a fait depuis la création, c’est très satisfaisant. Même si évidemment, on aimerait toujours que tout aille plus vite et que ça marche encore mieux, mais c’est ce qui continue à nous pousser vers l’avant.
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.. ter. entreprise imaginée par des jeunesj'ai créé mon cabinet d'avocatcharlie hebdo étudiants en journalisme