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Ecoles de journalisme : 5 conseils pour réussir les oraux

30 mai 2016

Entrer dans une école de journalisme est un véritable parcours du combattant. Une fois les écrits terminés, place aux oraux pour les admissibles. Mais comment bien les gérer ? Que faut-il faire ? Que faut-il éviter ? La directrice du Centre de Formation des Journalistes de Paris (CFJ), Julie Joly, donne 5 conseils pour réussir les oraux.

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1. Suivre l’actualité jusqu’au dernier moment

« Premier conseil dans une école de journalisme, c’est de suivre l’actualité jusqu’au dernier moment. On voit beaucoup de candidats qui arrêtent de lire l’actualité, de lire les journaux, de regarder la télévision, après les écrits. Surtout, lire l’actualité, y compris le matin même de l’entretien. On a vu encore une fois des étudiants arriver en entretien et ne pas être au courant de ce qui avait été dit. Évidemment que nous, membres du jury, on aura écouté ce qui se dit à la radio et à la télévision.

Suivre l’actualité générale, mais aussi celle des médias. Elle ne s’arrête pas au lendemain des écrits. Elle continue, et pour notre plus grand bonheur. Il faut absolument se renseigner, écouter, et savoir s’il y a eu des rachats, des changements de direction à la tête des médias, comprendre les enjeux, si c’est important ou pas. Il y aura nécessairement des questions sur l’actualité et sur les médias pendant les entretiens de motivation dans une école de journalisme. »

2. Bien écouter les questions

« Le deuxième conseil, c’est d’écouter. Bien écouter à la fois les questions, je vois que des étudiants répondent très vite, qui se précipitent pour essayer de trouver une réponse à la question posée. Par définition, à un oral de motivation, on ne s’attend pas à une réponse, on s’attend à un échange. Donc écoutez bien pourquoi on vous pose ces questions-là, dans quel contexte. Ce qu’on cherche, c’est à rencontrer quelqu’un, découvrir un potentiel. Ecouter la question, prendre le temps, s’il le faut, de réfléchir, le silence est autorisé.

Ecouter aussi quand on se présente, puisque le jury se présente au candidat, et donc en tenir compte. Quand on a autour de soi des journalistes qui sont de la télévision, de la radio, ou d’un journal écrit, ce n’est pas la même chose. On peut absolument rebondir sur des questions posées, et on peut aussi poser des questions au jury. Cette faculté d’empathie est de toute façon fondamentale dans le métier. Donc on la teste aussi un peu à ce moment-là, c’est sûr. »

3. Respecter le jury

« Quand je dis écouter, je pense aussi à respecter le jury. Effectivement, il y a beaucoup de stress pendant l’épreuve de motivation. Il n’y a aucune raison que ce soit aussi stressant, encore une fois c’est une rencontre, c’est un échange, c’est tout. Mais je vois des candidats qui arrivent en ne tenant pas compte de l’état du jury. Le jury lui-même a pris du temps pour venir, chaque jour les gens s’extraient de leur quotidien pour se mettre à disposition du candidat. Il faut respecter ce temps-là, bien se tenir évidemment, être à l’heure, y compris s’habiller correctement. Je vois des étudiants, qui sont entre deux oraux j’imagine, ou entre deux vacances, qui se donnent à mon avis un petit air « je suis journaliste donc je peux venir avec ma veste à poche ». Non. On postule pour entrer dans une école, on veut convaincre une profession qu’on a compris ses enjeux et qu’on a compris l’enjeu pour soi. Il faut respecter ça.

Cet exercice a des codes. Le premier code, c’est de se tenir bien et d’être poli. Ceux qui arrivent en disant bonjour, ceux qui disent merci, ceux qui savent s’habiller correctement, sont toujours un peu plus agréable, et un rendez-vous agréable donne envie de revoir les gens. Il n’est pas question d’être dans des codes d’école de commerce, ce n’est pas du tout ça. La question, c’est simplement de respecter les gens. Les gens ont leur style, et c’est sympa aussi quand ils l’assument, il n’y a aucun problème avec ça. Simplement, on fait un peu comme quand on est invité chez des gens. On se dit juste « je ne suis pas exactement pareil le dimanche matin à la sortie de mon lit que quand j’ai des gens qui viennent chez moi ou quand je vais chez des gens ».

En l’occurrence, il faut comprendre l’exercice. Un entretien de motivation, c’est des gens qui vous reçoivent, pour partager avec vous vos motivations. Mais ils donnent de leur temps, il faut respecter ça. Et d’ailleurs, j’insiste encore là dessus, ça veut dire aussi bien s’exprimer. On est très attentif dans une école de journalisme au niveau de langage, à la richesse du vocabulaire, aux fautes de français à l’oral. Quand une phrase est mal construite, on se dit que si c’est mal exprimé à l’oral, à l’écrit ce sera bien sûr pire. Prenez le temps de bien vous exprimer, parce qu’une faute de français à l’oral est très difficile à pardonner. Elle reste en mémoire, c’est terrible. »

4. Dire la vérité

« Très important, dans une école de journalisme, parce qu’on va le voir tout de suite, dites la vérité. N’essayez pas de vous inventer un personnage, de vous inventer des motivations, de vous inventer des prétextes. Échouer avant, vous avez le droit, avoir fait des erreurs d’études, vous avez le droit. On a le droit à tout dans une école de journalisme, sauf de mentir. Ça paraît idiot. Mais on est toujours tenté dans un oral de motivation de préparer excessivement ce qu’on va dire, d’avoir des réponses toutes faites, de s’inventer un pedigree ou d’enjoliver les choses. Dites la vérité.

Si vous avec une vocation qui date de l’avant-veille, ce sera étonnant mais pourquoi pas, parlons-en. Si ça fait depuis 15 ans, ce sera aussi étonnant d’ailleurs, mais pourquoi pas. Ne croyez pas, et c’est souvent une erreur des candidats, que ce que vous allez dire a été dit de la même façon avant vous. Chacun de vous est différent, a une histoire différente, dites-nous qui vous êtes, assumez vos erreurs et vos doutes. Dites-nous si vous n’êtes pas totalement sûr. Ceux qui disent par exemple qu’ils sont surs de vouloir faire de la télévision alors qu’ils ne connaissent visiblement pas ce média, qui n’ont fait aucun stage, on se doute qu’il y a une part de bluff. N’inventez pas non plus des stages, ceux qui sont dans la salle, le jury, ont fait généralement beaucoup d’expériences avant vous, connaissent beaucoup de gens. On verra assez vite, et les questions pièges sont assez faciles à trouver.

Donc dites la vérité, et quand vous ne savez pas, dites-le. Les questions dont on supportera le moins bien qu’il n’y ait pas de réponses, c’est quand elles traitent de l’actualité des médias ou de l’actualité générale. Là, on se dit quand même si vous aimez l’actualité, on peut en parler, si vous ne l’aimez pas, passez un peu de temps à la travailler. Méfiez-vous des formules toutes faites. Là pour le coup on les reconnaîtra. Par exemple : « j’ai toujours rêvé de faire du reportage à l’étranger, depuis mon plus jeune âge ». Depuis votre plus jeune âge ? Dites-nous plutôt « quand je vois un documentaire, là-dessus, je sais que c’est très difficile mais ça me donne envie ». Ou ceux qui vont dire « en fait je suis très polyvalent, j’aime tout, je suis prêt à tout, à faire du web, du reportage, de la radio » par peur d’être pris en défaut . Non, vous n’êtes pas obligé. Ou si vous êtes un passionné d’informatique et que vous avez peur d’être très littéraire, ne vous inventez pas une passion pour la littérature. Dites simplement qui vous êtes, parce que tous les profils nous intéressent. Le métier a tellement évolué, on a besoin de compétences tellement différentes, que ce sera pas discriminant. Ce qui le sera en revanche, c’est si on sent qu’un truc sonne faux. Et honnêtement, c’est notre métier à nous, au quotidien, donc on risque de le ressentir assez vite. »

5. Connaitre l’école

« Dernier conseil, et ça paraît peu de le dire mais c’est quand même important, quand on postule à une école de journalisme, on postule à une école en particulier, même s’il y a plusieurs écoles de journalisme, même si le métier a l’air d’être un grand ensemble. Chaque journaliste, chaque école, a son approche, sa personnalité. De la même manière qu’on recherche des personnalités qu’on va respecter, il faut que le candidat connaisse et respecte la personnalité de l’école.

Ça ne veut pas dire coller à tout prix à l’image de l’école à laquelle il postule, mais simplement connaître cette école et savoir ce qu’elle fait, quels sont les gens qui en sont sortis, si des projets ont été fait récemment dans l’école . Ne pas le découvrir le jour même de l’entretien, ne pas découvrir des sujets le jour de l’entretien. Attention, je ne dis pas qu’il faut passer sa journée à apprendre par cœur l’organigramme, la liste des anciens, les projets de chaque étudiant, mais d’avoir une toute petite notion de ce que c’est qu’être étudiant dans une école ou dans une autre. Parce qu’à un moment, il y aura un choix à faire pour vous, donc il faudra que vous sachiez quand même ce qui les distingue, et tout ne se ressemble pas. Et parce qu’à un moment, nous aurons besoin de savoir à quel degré vous êtes impliqués, attachés, et donc sincère dans votre candidature. »

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Interview / montage / mise en page : Valentin Chatelier
Crédits illustration : Freepik (1, 2, 3) / CFJ Paris

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