lundi , 27 février 2017

DERNIERS ARTICLES

« La politique française bascule vers un tripartisme bi-idéologique »

8 septembre 2015

La politique française évolue. Le FN progresse et tend à s’affirmer comme un parti majeur dans le système politique. Théo Bourgery y voit une évolution majeure : la France passerait vers un tripartisme bi-idéologique. Il s’explique.

assemblée nationaleCertains droits réservés par Parti Socialiste 

Ecrit par
Théo Bourgeryminiature théo

zzz

 

Etudiant en sociologie et économie à l’université McGill, Théo Bourgery est passionné de politique, notamment des questions pénitentiaires et pénales.

 

Les débats politiques de 2007, 2012 et 2015 ne sont plus les mêmes, cela va de soi. A chaque époque ses thèmes et ses campagnes, dans le but de rallier le plus de voix possible aux échéances électorales, notamment les présidentielles. A chaque parti le rôle de présenter ses idées et les défendre devant d’autres partis aussi bien préparés.

Néanmoins, le champ politique français semble arriver à une configuration jamais atteinte auparavant dans la Ve république, avec l’apparition d’un tripartisme durable. S’en suit alors un enjeu considérable quant à la manière de voter et de faire vivre la démocratie, soit le choix du peuple, en France, lors des élections présidentielles.

Partons, afin d’entamer l’analyse, de trois constats que nous connaissons mais qu’il est important de rappeler. Constat 1, la Ve république, sous l’œil attentif de Charles de Gaulle, a un scrutin uninominal à deux tours pour les élections présidentielles. Après une IVe république chancelante et une IIIe marquant l’instabilité de la souveraineté parlementaire, le but est alors d’instaurer une position présidentielle forte et autoritaire. Le président, élu par tous, sera le garant de la démocratie française. Avant de voter pour un parti, les électeurs devront choisir entre deux candidats. Ils voteront l’homme avant la politique. Cette institution n’a de sens que dans un bipartisme bien ancré, avec un second tour atteint par les deux meilleurs candidats au premier tour. Ce bipartisme, dans la France des années 60, ne fait aucun doute : la dualité droite / gauche constitue le seul champ politique français.

Constat 2, ce bipartisme, pourtant, n’est plus d’actualité depuis quelques années. Un troisième acteur, le Front national (FN), semble s’installer de manière pérenne dans l’échiquier politique. Un tel ancrage est confirmé par les résultats du FN aux dernières élections municipales, européennes et départementales. Il est donc question d’un nouveau tripartisme Parti Socialiste (PS) – Les Républicains (LR) – Front National (FN).

Constat 3, les frontières idéologiques des partis politiques deviennent alors poreuses, n’en déplaisent à leurs dirigeants. Nicolas Sarkozy, président des Républicains, n’a de cesse de se laisser aller dans les grands débats d’identité nationale si chers à l’extrême droite. Il se dit prêt à « dire tout haut ce que les gens pensent tout bas » : PAF ! Mot à mot ce que Jean-Marie Le Pen avait lancé lors de ses débuts politiques à la tête du FN. La France politique se retrouve donc aujourd’hui dans une posture inédite : en effet, elle connaît une bi-idéologie dans un tripartisme. D’un côté, une idéologie identitaire : celle des valeurs françaises, de l’immigration et donc du « vrai » français. Elle est représentée par le FN et une majorité des députés LR. D’un autre côté, une idéologie économique libérale : celle de la libéralisation du marché du travail, et qui se confond avec les thèses de la social-démocratie. On retrouve ici la frange « modérée » de LR, ainsi que l’Union des démocrates et indépendants (UDI) et le gouvernement actuel. La « gauche de la gauche » n’est pas assez imposante en terme de voix, il me semble, pour la prendre en compte dans cette analyse.

Dans une telle configuration, l’institution du suffrage uninominal ne tient plus debout : comment faire lorsqu’une seule et même idéologie politique se repend sur deux partis, voire trois ? Comment faire pour distinguer la majorité LR et le FN, quand leurs différences ne sont qu’une question de « degré »? Pour qui voter lorsque deux candidats ont le même discours ? Ce sont de telles questions qui sont aujourd’hui trop rarement posées malgré le véritable enjeu de légitimité qu’elles imposent : que faire d’une institution, celle du scrutin présidentiel, qui n’est plus adaptée pour représenter au mieux le choix des électeurs ?

Plusieurs choix se présentent. Le premier est de ne rien faire en s’abandonnant au bon vieux rythme du statu quo. C’est la solution facile, quoique nous courions alors le risque de voir nos attentes démocratiques inassouvies. Car enfin une même politique dans deux bouches au second tour, c’est le signe que le suffrage uninominal ne remplit plus sa tache : seule une idéologie est représentée et la politique s’homogénéise à son maximum. La légitimité de l’élection présidentielle devient alors bancale.

La deuxième solution est celle de la proportionnelle, nombreuses fois soutenue par Europe-Ecologie Les Verts et partie intégrante du programme de François Hollande en 2012. Le système est pourtant impensable : c’est la porte ouverte aux députés FN, de selon nombreuses analyses. C’est vrai, d’autant plus que la cohabitation politique « implique une logique de compromis permanents, négociés dans l’ombre, à rebours de l’esprit démocratique ». Enfin, elle force l’exécutif à diriger au centre pour maintenir au mieux sa majorité. On se souviendra du capharnaüm qu’a été Mitterand-Chirac de 1986 à 1988.

Alors que faire ? Il y a bien une troisième et bonne solution, qui ne doit pas, de manière caricaturale, tomber dans l’appel d’une nouvelle monarchie. La comptabilisation des votes peut être réfléchie : on regardera du côté des britanniques, qui notent tous les candidats par ordre de préférence, ou à l’instauration du jugement majoritaire. Doit-on tout simplement appeler à un pouvoir moindre du président (ce qui obligerait à une révision constitutionnelle) et laisser de la marge au Parlement ? Mais jusqu’à quel point ? Je n’ai pas de réponse. Néanmoins, je sais que cette question aura tout son sens en 2017, voire plus tard si l’échiquier politique reste ce qu’il est. Alors les instances de suffrage de la Ve république perdront de leur légitimité. Et c’est notre idéal démocratique qui risque d’être ébranlé.
.

__________twitter partagefacebook partage
.

ter

scroll to top